Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville : la remise en ordre ?

 Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville : la remise en ordre ?

En nommant un Congolais, le Pr Thierry Raoul Gombé, aux fonctions de directeur général du Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville (CHU-B), le gouvernement a mis fin, le 18 juillet, au mémorandum d’entente qui liait le plus grand établissement sanitaire du pays à l’unité de santé internationale de l’université de Montréal (USI), au Canada. Conclu pour une durée de trois ans, celui-ci a été écourté au bout de deux ans d’exécution. Quelles en ont été les raisons principales ? Quel bénéfice le CHU-B a-t-il tiré de l’expertise canadienne ? Quel rôle les syndicats jouent-ils dans la gestion de cette structure publique ?  De quelle marge de manœuvre dispose la nouvelle équipe dirigeante confiée à un professionnel du secteur ? Que faut-il au CHU-B pour se mettre à la hauteur des attentes de la population et que doivent faire les pouvoirs publics pour que tout rentre dans l’ordre dans cette maison vieille aujourd’hui de trente-trois ans ? C’est le sens du dossier consacré à cette problématique du CHU-B que nous présentons dans ce numéro.

Dans le cadre de la réforme hospitalière adoptée lors des assises nationales de la santé, tenues à Ewo en décembre 2016, le gouvernement avais mis en place un projet d’appui à la gestion du CHU de Brazzaville. L’unité de santé internationale (USI) de l’université de Montréal était ainsi choisie comme prestataire de services pour une durée de trois ans (2019 à 2022). Montant annuel du contrat : 1 587 993 600 F CFA. Un contrat conforme aux coûts, méthodes et pratiques des contrats d’assistance technique internationale, respectant le règlement général de la comptabilité publique en vigueur dans le pays, selon les pouvoirs publics.

Pour passer à l’exécution du projet d’appui à la gestion du CHU-B, le Canadien Sylvain Villiard est promu directeur général de la structure hospitalière le 7 janvier 2019 par décret présidentiel puis installé dans ses fonctions le 16 avril de la même année. Son travail reposait essentiellement sur la gouvernance hospitalière, premier volet du contrat.

« Par décision du conseil d’administration, nous avons supprimé les commissions illégales pour lesquelles une soixantaine d’agents percevait indûment 1,2 milliard de FCFA par an pour des travaux relevant de leurs fonctions. Ce qui a permis d’orienter cette somme, qui représente 20% du budget, vers les services cliniques », précisait le Canadien lors de la présentation de son bilan, le 8 septembre 2020 à Brazzaville. Aussi, la dette des fournisseurs du CHU-B a été transférée à la Caisse congolaise d’amortissement, mettant ainsi fin au paiement de certaines créances non ordonnées par le directeur général. Un guide de recrutement a été élaboré pour optimiser les ressources humaines, une politique sur les médicaments génériques a été définie afin d’en amoindrir les coûts…

Un Canadien succédant à un autre

Au nom de la reconfiguration de l’assistance technique du CHU-B, Sylvain Villiard a cédé le fauteuil de directeur général à Denis Bernard Raiche, un autre Canadien qui fut directeur général du Centre de santé et des services sociaux de Gatineau, au Canada, puis membre de l’équipe de planification de la construction des méga-hôpitaux de Montréal. Ce dernier, nommé le 23 septembre 2020, devrait poursuivre l’œuvre, dans une vision à long terme à travers un projet médical priorisé : renouveler le plateau technique devenu globalement non fonctionnel, rénover l’ensemble des bâtiments, le système d’adduction d’eau, les équipements médicaux de sorte que le CHU-B augmente en qualité et quantité sa gamme de soins à offrir à la population à moindre coût. Pour relever ces défis, le CHU-B a obtenu un prêt de 12 milliards de FCFA de la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale. Dans l’exécution de sa mission, Denis Bernard Raiche n’a pas pu épuiser les lignes de son cahier des charges, le contrat n’étant pas arrivé au bout.

Farouche opposition de l’intersyndicale

Le collectif des médecins et cadres du CHU-B, conduit par l’intersyndicale, s’est toujours opposé au contrat de partenariat entre le plus grand établissement sanitaire du pays et l’USI. Les syndicalistes contestaient les réformes annoncées dans le cadre de ce partenariat, l’enveloppe prévue à cet effet et, surtout, la nomination de directeurs généraux de nationalité canadienne.

Le licenciement, en octobre 2020, du président de l’intersyndicale des travailleurs du CHU-B, Bienvenu Victor Kouama, a illustré le bras de fer entre l’équipe dirigeante et les partenaires sociaux. La direction générale accusant les syndicalistes d’être des freins au processus de modernisation du grand centre hospitalier et à l’assainissement de la gestion des comptes de fonctionnement.

De son côté, l’intersyndicale continuait à dénoncer, plusieurs mois après, l’absence de transparence entourant le contrat de partenariat avec l’USI du CHU de Montréal. D’après les syndicalistes, l’opacité serait la cause de l’échec. L’assemblée générale des travailleurs a, dans une déclaration rendue publique le 20 juillet 2020, reproché un manque de résultats concrets au CHU-B, en termes d’amélioration de l’offre des soins, des conditions de travail du personnel et du plateau technique.

« Il est à noter que même la simple révision du cadre juridique, élément majeur et pilier de l’exécution d’un tel contrat, n’a connu un début de réalisation. Par ailleurs, le plateau technique reste en l’état ; les laboratoires sans réactifs ; l’imagerie médicale inopérante ; la pharmacie perpétuellement vide ; pas d’eau ; le bloc opératoire sans matériel malgré les quatre trimestres de subvention décaissée par le trésor public », pouvait-on lire dans la déclaration.

Le bras de fer ne s’est pas limité au niveau interne, puisque les syndicalistes vont jusqu’à s’opposer au décaissement d’une partie de financement de la réforme prévue. En décembre 2020, ils ont adressé une correspondance au président de la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC), pour lui demander de suspendre l’octroi d’un prêt d’environ douze milliards FCFA destinés au renforcement des capacités de l’hôpital. Les syndicalistes ont justifié leur opposition, entre autres, par le climat délétère prévalant au sein de l’établissement sanitaire, ainsi que par la mauvaise gestion des fonds alloués par le trésor public. « L’intersyndicale exprime son opposition ferme à l’octroi du prêt de douze milliards francs CFA demandé par le CHU-B à la BDEAC tant que sa gestion reste dans les griffes de l’Unité de santé internationale », argumentaient-ils.

Le contrat rompu plutôt que prévu

Au terme de deux années de mise en œuvre sur trois prévues, Denis Bernard Raiche est remplacé par le Pr de cardiologie, Thierry Raoul Gombé, enseignant-chercheur à l’Université Marien-Ngouabi qui évolue également au CHU de Brazzaville. L’annonce de la résiliation du partenariat et de la nomination d’un Congolais à la tête du CHU-B a été bien accueillie par les partenaires sociaux. D’ailleurs, c’est l’un des préalables qu’ils ont posés le 27 mai 2021, exigeant « la signature du protocole d’accord fixant l’échéancier et les modalités d’apurement des arriérés de salaires ; la concomitance de paiement de salaires avec les fonctionnaires… ; la réintégration du président de l’intersyndicale Bienvenu Victor Kouama abusivement licencié et l’amélioration des conditions matérielles de travail ».

Certaines sources soulignent que la forte contraction de l’économie congolaise, caractérisée par une récession de – 6% en 2020 et les effets réducteurs de la pandémie de covid-19, n’ont pas permis au gouvernement de mobiliser les ressources financières utiles à l’exécution de certaines interventions du projet d’appui à la gestion du CHU-B. Ainsi, les deux parties ont convenu de mettre fin au contrat de prestation de services. D’autres sources, par contre, estiment que la résiliation est liée à l’insuffisance des résultats. Pour le nouveau directeur général, Thierry Raoul Gombé, il sera question de disposer des moyens devant lui permettre d’accomplir la mission qui lui est assignée afin de répondre aux besoins sanitaires de la population.

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