Delvin Ndinga : « Pourquoi tant de manigances ? Pourquoi ces mensonges ? »

 Delvin Ndinga : « Pourquoi tant de manigances ? Pourquoi ces mensonges ? »

Après son interview sur les ondes de RFI suite à l’élimination du Congo, l’international congolais revendique ses propos et fustige le comportement du sélectionneur Ngatsono et du vice-président de la Fécofoot Médard Moussodia.

Delvin, on t’a entendu ce matin (vendredi 2 avril) tenir des propos très forts sur les ondes de RFI concernant l’élimination du Congo en Guinée-Bissau. Souhaites-tu développer avec nous ?

Delvin Ndinga : Bonjour Les Dépêches de Brazzaville. Oui, bien sûr, j’assume et je maintiens mes déclarations. Lors de ce match à Bissau, il s’est passé des choses que je n’avais jamais vues en dix ans de sélection et qui m’ont poussé à prendre la parole pour que les générations suivantes ne les revivent pas.

Cette qualification nous tendait les bras, c’était une opportunité incroyable pour cette génération et pour le peuple congolais, mais cela a été gâchée à cause de l’incompétence et des manigances.

LDB : Avant de développer davantage, es-tu conscient que certains répondent que tu agis sous le coup de la frustration car tu étais remplaçant et que tu es en fin de carrière  ?

D.N : Même s’il y a forcément une part de frustration quand on ne débute pas un match, ce n’est pas ma non-titularisationce qui me pousse à parler, c’est notre élimination. Si j’avais été écarté de l’équipe pour des raisons tactiques, j’aurais été le premier à célébrer le résultat. Mais cette mauvaise gestion a privé le Congo de cette qualification et je veux le dénoncer.

Quant à ma fin de carrière, oui, elle se rapproche. Il y a seize ans j’étais champion d’Afrique junior, depuis j’ai joué en Ligue 1, en Ligue des champions, j’ai joué la CAN 2015 et j’en écris aujourd’hui les dernières pages. Je l’accepte, je sais déjà ce que je veux faire ensuite. C’est aussi pour ça que je parle aujourd’hui, que j’ai ce courage. C’est probablement plus facile pour moi que pour d’autres joueurs, aussi blessés que moi par ce naufrage.

LDB : Dans tes propos de vendredi matin, tu n’es pas tendre avec le coach Ngatsono et tu cibles particulièrement le premier vice-président de la Fécofoot, Médard Moussodia, dont le nom revient souvent dans la bouche des joueurs et rarement en termes positifs. Que reprochez-vous à ce dernier ?

D.N : Je lui reproche d’avoir poussé le sélectionneur à changer de classement, d’avoir imposé des changements de joueurs. Je ne sais pas quelles étaient ses motivations, mais j’espère qu’il aura à s’en expliquer face au peuple congolais.

Quant au coach Ngatsono, je regrette son manque de compétences, peut-être que le niveau était trop relevé pour lui. Mais je lui en veux surtout d’avoir manqué de courage face aux pressions. Ce que je dis est la vérité, puisque le coach l’a lui-même reconnu.

LDB : N’est-ce pas désespérant de voir un entraîneur, qui revendiquait cette place de numéro 1, expliquer qu’il n’est pas responsable parce qu’il n’est pas capable d’imposer ses choix et ses idées ?

D.N : Oui, c’est triste, et je crois que ça révèle des lacunes profondes en termes de formation des techniciens. C’est dommage, car le sélectionneur était dans une position très favorable pour qualifier cette équipe, qu’il connaissait bien puisqu’il était l’adjoint de Valdo. Ça aurait peut-être pu changer certaines choses, mais malheureusement, il rentré dans ces manigances.

LDB : Que veux-tu dire par manigances ?

D.N : Après le match du Sénégal, j’ai demandé, en tant que capitaine, ce qu’il en était de nos primes de match nul. Le premier vice-président de la Fécooot me dit que l’argent ne sera décaissé au Trésor que le lundi. C’était un mensonge, puisqu’en réalité, il a voyagé avec l’argent en Guinée-Bissau pour finalement le distribuer individuellement à chaque joueur, à son hôtel, au retour à Brazzaville. Pourquoi tant de manigances ? Pourquoi ces mensonges ? On est en droit de se poser ces questions et ce genre d’interrogations, ce n’est pas bon pour notre football, cela crée de la suspicion.

LDB : Plusieurs co-équipiers m’ont expliqué qu’ils n’avaient pas ressenti un engouement de la part des instances lors de cette dernière ligne droite et que, par exemple, aucun dirigeant n’était venu féliciter l’équipe après le match nul contre le Sénégal.

D.N : C’est vrai, je confirme que personne n’est venu nous voir après le Sénégal. Pour autant, j’ai senti un soutien de la part du ministre des Sports et du président de la Fécofoot qui ont donné les moyens à l’équipe de se qualifier. Mais cette volonté n’a pas été prolongée par la personne qui menait la délégation en Guinée-Bissau (ndlr : le premier vice-président de la Fécofoot, en l’absence du ministre des Sports et du président de la Fécofoot).

LDB : Certes les choix avant et pendant les matches ; cinq avant-centres dans la liste, les titularisations de Mayembo et Ibara le lendemain de leur arrivée, le temps de jeu de Bifouma, qui ne joue pourtant plus en club depuis 6 mois, ont interpellé les observateurs et supporteurs. Mais pourquoi cette équipe, face à tant d’incohérences n’a pas pris son destin en main pour aller chercher la qualification en autogestion ?

D.N : On a probablement manqué de caractère et de courage. Pourtant, avec Francis N’Ganga (ndlr : candidat au poste de team-manager, l’ancien latéral gauche a accompagné l’équipe durant cette date Fifa), on a parlé aux joueurs afin de mobiliser l’équipe vers cet objectif. Mais sur le terrain, cela ne s’est pas concrétisé.

LDB : A aucun moment lors des deux matches, et malgré un résultat somme tout honorable face au Sénégal de Sadio Mané, on n’a jamais senti que cette équipe congolaise mettait les ingrédients pour emballer le match, pour gagner. Partages-tu ce sentiment ?

D.N : Oui, contre le Sénégal, nous avons peut-être été trop prudents, ce qui peut s’expliquer par la qualité de l’adversaire, qui peut te punir à la moindre erreur. Mais sans nous exonérer, nous les joueurs, n’est-ce pas à l’entraîneur de faire les changements pour changer le cours d’un match et renverser la tendance ?

C’était différent à Bissau, où l’on a clairement manqué d’expérience sur le terrain. Face au Sénégal, j’ai beaucoup parlé à mes co-équipiers pour les aider. Et malheureusement, je n’étais pas sur le terrain pour le dernier match et ça a manqué à l’équipe

LDB : Durant cette campagne éliminatoire, le Congo n’a pris qu’un point à l’extérieur, à Mbabane, là où les adversaires en ont pris trois. C’est malheureusement une habitude pour les Diables rouges, qui voyagent mal depuis des années, quelles que soient les générations…

D.N : La seule exception est la campagne pour la CAN 2015 avec les victoires à Calabar, à Khartoum, le nul à Polokwané. Et ce n’est pas un hasard si c’est la seule fois qu’on se qualifie (ndlr : les deux dernières participations du Congo datent des CAN 2000 et 2015). L’équipe avait un gros mental et voyageait bien.

LDB : Penses-tu que le groupe actuel soit soudé et uni ?

D.N : Je pense que ce groupe à davantage de talent que la génération 2015, en revanche, je pense qu’il manque d’unité, de solidarité et que certains joueurs manquent d’humilité et se voient déjà arrivés, alors que ce n’est pas encore le cas. L’un des chantiers du futur sélectionneur sera de donner un supplément d’âme au groupe.

LDB : Est-ce que publiant des listes séparées entre les internationaux issus de la diaspora et ceux issus du championnat local, les instances ne creusent-elles pas déjà un fossé entre les joueurs ?

D.N : Si, clairement, cela contribue à créer des tensions dans le vestiaire. Il faut que cela change, avec une liste unique, car un Diable rouge est un Diable rouge, d’où qu’il vienne. Consciemment ou pas, cela entraîne des différences de traitement, des injustices entre les joueurs.

Par exemple, à Bissau, Hardy Binguila, qui était pourtant performant à l’entraînement, se retrouve en tribunes. Durant la causerie, le sélectionneur a expliqué que, comme le gouvernement a dépensé de l’argent pour faire venir les joueurs de la diaspora, il veut les mettre en priorité sur la feuille de match. Ça m’a révolté et je l’ai dit après le match : les meilleurs joueurs doivent jouer, d’où qu’ils viennent. On doit se recentrer sur les critères sportifs si on veut que cette équipe aille de l’avant.

LDB : Pour finir cet entretien, Delvin, évoquons ton avenir personnel : tu avais fait ton retour avec l’envie de disputer une deuxième coupe d’Afrique des nations. Cet échec met-il un point final à ta carrière internationale ?

D.N : Je vais y réfléchir et le prochain sélectionneur fera ses choix. Comme on dit, il ne faut jamais dire jamais.

Propos recueillis par Camille Delourme pour les dépêches de Brazzaville

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