La banque mondiale et le FMI redoutent un défaut de paiement des pays africains

 La banque mondiale et le FMI redoutent un défaut de paiement des pays africains

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont publié le 4 janvier, un rapport dans lequel ils alertent les pays du monde en général et d’Afrique en particulier sur l’impact négatif de la crise liée au coronavirus et les réalités budgétaires et financières actuelles des pays à faible revenu.

Selon le document, depuis le début de la crise déclenchée par la Covid-19, le spectre d’un défaut de paiement des dettes souveraines plane sur les pays en développement. Cela s’illustre par le fait que de nombreux Etats manifestent la peur de perdre leur accès aux marchés et par une nouvelle réalité selon laquelle, un défaut de paiement de la dette en temps voulu constituera un grand problème pour les pays en voie de développement.   

Tirant l’attention des institutions financières sur les perspectives économiques des Etats, le rapport souligne que la moitié des pays pauvres sont surendettés. Et, en Afrique subsaharienne par exemple, les indicateurs de solvabilité se sont considérablement détériorés, après six années d’affaiblissement progressif lié à la baisse mondiale du prix des matières premières.

« L’Angola, le Ghana et le Nigeria consacrent près de la moitié de leurs recettes publiques au paiement des intérêts. Et, les deux tiers des intérêts versés par les dix-neuf Etats d’Afrique subsaharienne sont destinés à des créanciers privés », précise le rapport, en insistant sur le fait que cette crise prévisible pourra anéantir une décennie de progrès dans la lutte contre la pauvreté.

L’allègement du fardeau de la dette des pays pauvres face aux obstacles 

Déplorant la situation future des pays en voie de développement, le même rapport souligne que, malgré le fait que les créanciers multiplient les stratégies pour alléger le fardeau de la dette des pays en développement, notamment dans le cadre de l’Initiative de Suspension du service de la dette (ISSD) du G20, les pays pauvres, particulièrement ceux issus du continent africain peuvent demander un report du service de leurs dettes bilatérales. D’autant plus, les pays du G20 ont pour leur part convenu d’un cadre commun de restructuration des dettes publiques. C’est pour quoi, de nombreux pays en développement craignent que les agences de notation ne les déclarent en défaut de paiement, s’ils restructurent leur dette obligataire.

« Si les agences de notation peuvent assimiler une restructuration à un défaut de paiement, la crainte de perdre l’accès aux marchés est exagérée. Les pays pauvres ont déjà perdu leur accès aux marchés des capitaux en mars dernier. Ils devraient maintenant s’attacher à retrouver un accès durable à ces marchés », précise le document tout en spécifiant que la quête de rendement des investisseurs étant de plus en plus désespérée, ces pays gagnent en pouvoir.

« En outre, pour un pays emprunteur qui est au bord de l’insolvabilité, restructurer sa dette renforce sa solvabilité. D’autant plus que l’excès d’endettement diminue, son potentiel de croissance et de développement s’améliore. De ce fait, les pays susceptibles de bénéficier de l’ISSD devraient redevenir attractifs pour les investisseurs », indique encore le rapport.

La restructuration des obligations africaines une opportunité

Précisant les différentes étapes que les créanciers exigent pour l’apurement de la dette, le document signifie que la restructuration des obligations africaines serait une aubaine pour les débiteurs sans nuire aux créanciers. Et ce, contrairement à ce qui s’est passé dans le passé plus précisément lors de la crise de la dette des années 1980. Car, à cette époque, la défaillance unilatérale précoce d’un pays émergent aurait pu rendre insolvables certaines des plus grandes banques américaines. Parce que, les créanciers avaient tout intérêt à jouer la carte de la rigueur pour gagner et se faire rembourser dans le temps.

 « Cette fois-ci c’est diffrent. car, aujourd’hui les difficultés financières de nombreux pays pauvres ne tiennent pas à une politique imprudente ou au surendettement, elles résultent d’une crise inattendue et brutale », a précisé le rapport.

La réticence des créanciers privés un autre obstacle pour les pays pauvres  

Le rapport indique qu’il existe un autre obstacle potentiel au progrès des pays en développement,  notamment celui de la réticence des créanciers privés. Car certains d’entre eux alimentent la peur d’un défaut de paiement de la dette. Ainsi, les détenteurs d’obligations constituent actuellement une partie importante de l’équation de la dette dans de nombreux pays contrairement aux précédentes crises des dettes africaines.

 « Il est mieux que les négociations débutent le plus tôt possible. L’expérience montre qu’un retard aggrave la crise des pays débiteurs, se traduisant par les décotes plus importantes pour les créanciers et un allongement de la durée d’exclusion des marchés financiers. La chance est que, les échéances des obligations africaines seront exceptionnellement proches en 2021. Les Etats débiteurs doivent s’engager de manière crédible à orienter les flux d’investissement privé au profit du développement social et économique, se protégeant ainsi contre d’éventuels échecs ou crises », conclu le rapport.

( avec Adiac-Congo )

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